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Il est très populaire en France et très connu en
Suisse romande aussi. On lui fait naturellement diverses critiques, il
n’est apparemment pas dépourvu d’une certaine naïveté, mais il
anime un jeu dont l’audience est, depuis longtemps, colossale, et
pourtant… il reste aussi modeste que spontané : Julien Lepers,
présentateur de Questions
pour un champion, s’est aperçu qu’il lui arrivait, comme à tout
le monde, de commettre de
petits outrages à la grammaire, ou de dire tard pour barre. Alors il a
fait un livre plein de bonnes
résolutions, récemment paru, qui s’intitule : Les
fautes de français ? Plus jamais ! (*)
Et, bien loin de jouer les puristes, ou de délivrer du haut d’une
chaire un sermon linguistique, il part des lettres de téléspectateurs mécontents
qui lui reprochent ses erreurs. C’est sympathique, c’est assez rigolo,
et puis on constate que beaucoup de gens choqués par un mot de travers
sont prêts à mener immédiatement la croisade du français immaculé.
Cela ne va pas sans enfoncer quelques portes ouvertes, mais pas non
plus sans dénoncer les mots et les tournures qui s’obstinent à dérailler :
les avions qui se crashent,
les médecins qui ont de l’expertise
(encore un anglicisme, d’ailleurs, car outre Manche le mot a pris le
sens de compétence),
l’horrible impacter, le répétitif
low cost (même prononcé locoste !),
le pédant initier pour commencer, amorcer, créer, le lourd clôturer pour clore ou
encore l’immarcescible opportunité
pour occasion… mais là,
il faut admettre que la cause est perdue, et Julien Lepers propose qu’on
en prenne acte.
Et puis il y a ales mots qu’il ne faut pas confondre (un seul
exemple : anoblir et ennoblir).
Et les pléonasmes : un tri sélectif, un tollé général, un
cauchemar déplaisant, un tronc commun, le taux d’alcoolémie… Et les
mots qui font savant : opus, décrypter, rétropédaler… Et les
constructions vicieuses (enjoindre quelqu’un de, pallier à un inconvénient, si j’aurais su,
le vélo à mon fils)… Et la terrible mécanique des participes passés…
« J’ai peiné à écrire ce livre », avoue, toujours
modeste, Julien Lepers. Mais il cite Camus très à propos : « Mal
nommer les choses, c’est contribuer au malheur du monde. »
J.-M. V. (*) Ed. Michel Lafon, 2011.
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